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Atelier du futur

Antoine VERGNE
Praticien de la participation
cabinet de conseil Missions Publiques

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Définition de l'entrée

Méthodes de participation des parties prenantes débouchant sur la production d’un plan d’action après un processus de diagnostic critique, de prospective créative et de recherche d’un terrain commun (common ground).

Pour citer cet article

Antoine VERGNE, « Atelier du futur », in CASILLO I. avec BARBIER R., BLONDIAUX L., CHATEAURAYNAUD F., FOURNIAU J-M., LEFEBVRE R., NEVEU C. et SALLES D. (dir.), Dictionnaire critique et interdisciplinaire de la participation, Paris, GIS Démocratie et Participation, 2013, ISSN : 2268-5863. URL : http://www.dicopart.fr/fr/dico/atelier-du-futur.

Zukunftswerkstatt et Future Search Conference

L’atelier du futurZukunftswerkstatt – a été imaginé, développé et testé par deux chercheurs en prospective allemand, Robert Jungk et Norbert Müller, dans les années 1970. Leur idée était de disposer d’une « instance visant l’approfondissement de la démocratie » permettant aux citoyens et citoyennes ordinaires de prendre part au processus de planification et à la transformation de leur milieu immédiat (Jungk et Müller, 1981, p. 17). Dans sa forme actuelle, un atelier se déroule sur trois jours et se divise en trois phases de travail :

  • le diagnostic critique. Durant cette étape, les participants analysent la situation actuelle et réfléchissent à son pourquoi. Ils sont invités à recenser les points positifs et négatifs de la situation. Ils sont ensuite invités à se projeter dans les années qui viennent afin d’identifier les tendances lourdes qui affecteront leur situation (un jour) ;
  • la fantaisie qui donne l’occasion de développer des visions utopiques de l’avenir. Durant cette phase les participants sont invités à présenter la situation « 40 ans plus tard » sous forme libre et surtout créative (dessins, collage, théâtre, vidéo, etc.). Ils présentent aussi le chemin qui a permis d’arriver à cette situation idéale et identifient les moments-clés, les décisions centrales, les modes de gouvernance qui ont permis d’atteindre la situation idéale (un jour) ;
  • le plan d’action qui se concentre autour de la formulation de projets réalisables sur la base des visions préalablement développées. Les participants produisent un plan d’action sur la base de fiches actions qui détaillent les étapes de mise en œuvre et surtout fixent la date de la prochaine réunion du groupe responsable de chaque action. Au mieux, chaque groupe se compose de citoyens et de « professionnels » (un jour).

En effet – c’est la particularité du modèle – l’atelier du futur réuni dans un même lieu et pendant les trois jours qu’il dure une soixantaine d’acteurs les plus divers : pouvoirs publics (services municipaux par exemple) acteurs économiques (commerçants par exemple), société civile (associations notamment) mais aussi et surtout tous les citoyens volontaires et désireux d’y prendre part. Il s’agit donc d’un exercice qui se base sur le volontariat. Mais dans l’idée de leurs créateurs, les ateliers sont un moyen pour les habitants de participer à la vie de leur cité. Une attention particulière est donc mise dans le recrutement de citoyens « ordinaires ».
La méthode du Future Search Conference a quant à elle été développée dans le cadre d’une approche participative du développement des organisations autour de Marvin Weisbord (1992). L’idée de base est la même que celle de l’atelier à trois différences près, qui s’avèrent toutefois fondamentales en termes de processus :

  • « The whole system in a room » : le but premier du recrutement des participants à une conférence du futur est d’augmenter au maximum la diversité cognitive du groupe en allant chercher les intérêts les plus divers. Quatre grands types d’acteurs sont recherchés : les pouvoirs publics, les acteurs économiques, la société civile et les élus. En outre, il s’agit aussi de cibler certains acteurs particulièrement innovants dans leur pratique. Contrairement à l’atelier du futur, la conférence ne cherche pas explicitement à aller chercher des citoyens non-engagés. C’est donc un modèle moins inclusif des citoyens ordinaires ;
  • travail en groupes de nature alternée. Durant les trois jours de la conférence, les participants travaillent alternativement en groupes d’intérêts homogènes (par exemple une table économie, une table administration, etc.) et en groupes dits max mix (mélange maximum). De cette manière, il est possible d’établir des positions communes et de les articuler au sein d’un groupe bienveillant avant de les porter dans le groupe plus divers. Ces derniers sont la condition de l’émergence de ce qui est commun au groupe ;
  • la recherche expresse du common ground. La conférence du futur a pour point d’orgue la recherche par le groupe des valeurs et objectifs qu’ils partagent et qui servent ensuite de base au plan d’action du troisième jour.

L’atelier comme la conférence ont une dramaturgie bien précise qui part du diagnostic (ce que j’ai vécu, ce que le groupe a vécu, la façon dont nous évaluons cela), pour aller vers le futur (recherche de tendances et développement de scénarios utopiques) avant de se pencher sur la recherche du terrain commun et sur la production d’un plan d’action. Dans les deux cas, le conflit est traité comme une information. Les désaccords dans le groupe ne sont pas ce sur quoi l’on s’attarde mais ce dont on prend acte. On s’appuie en revanche sur le common ground pour construire le plan d’action. Dans les deux cas, le postulat est que le groupe est responsable de lui-même : il développe des actions par lui-même et pour lui-même, sans pilotage externe.
Depuis leur invention, ateliers et conférences ont été employés dans des cadres extrêmement divers et ont atteint un stade avancé de standardisation. Une bonne base de données d’exemples au niveau international se trouve sur www.futuresearch.com. Un élément a été rajouté au cours du temps : le follow-up des actions qui prévoit que les participants se revoient six mois puis un an après les trois jours pour évaluer leurs avancées sur les actions lors d’une journée d’échanges.
En Allemagne, les deux méthodes se côtoient ; dans le reste du monde c’est la conférence du futur qui semble s’imposer ou plutôt un hybride des deux qui accentue la dimension citoyenne par la recherche de participants non « citoyens professionnels » tout en suivant de près la dramaturgie de la conférence. En France c’est cet hybride qui commence à être employé. La première expérience semble dater de 2011 à Grenoble.

 

Forces et limites du modèle

La méthode permet à des groupes en concurrence hors de l’exercice de se retrouver autour d’une table dans un cadre non agonistique pour analyser ensemble la situation de départ avant de développer des visions communes de l’avenir, notamment par le biais d’un moment de fantaisie et d’utopie qui libère réellement les énergies et met le groupe en mouvement. Dans ce sens, la conférence est une méthode innovante de concertation multi-acteurs. En outre, elle est une méthode très structurée et standardisée conçue pour prendre en compte la dynamique de groupe, la force de l’intelligence collective et la capacité des acteurs à agir sur leur environnement. Elle permet de produire un plan d’action en un temps record en se basant sur le savoir et les compétences (thématiques mais aussi en termes de décision) des acteurs.
Ceci étant dit, les ateliers du futur ne sont pas exempts de faiblesses. La principale d’entre elles est qu’ils font semblant d’ignorer les rapports de pouvoir et de force entre acteurs (citoyens normaux et professionnels administratifs et associatifs notamment). Une autre faiblesse importante est que, lors d’un atelier, toutes les actions du plan reposent sur l’engagement des membres du groupe sans aucune dimension institutionnelle ou légale. La procédure est entièrement basée sur la bonne volonté et l’engagement des parties. Une montagne d’engagement peut ainsi aboutir à une poignée de réalisations. Enfin, bien entendu, la participation volontaire entraîne un biais sociologique important : il faut particulièrement être vigilant à la constitution du groupe sous peine d’avoir un plan d’action illégitime à l’extérieur et peu porté par les participants.

 

Des exemples

Ville d’Aix-la-Chapelle : http://www.zwnetz.de/Praxis/aachen04.html (accès le 24/04/2014).

Les enfants dans le quartier : http://sozialestadt.de/ (accès le 24/04/2014).

  • JUNGK R., MÜLLER N.R., 1981, Zukunftswerkstätten, Hambourg, Hoffmann und Campe.
  • KUHNT B., MÜLLER N.R., 2006, Moderationsfibel Zukunftswerkstätten: verstehen - anleiten - einsetzen ; das Praxisbuch zur sozialen Problemlösungsmethode Zukunftswerkstatt, Neu-Ulm, AG-SPAK-Bücher.
  • WEISBORD M. (dir.), 1992, Discovering Common Ground, San Francisco, Berrett-Koehler.
  • WEISBORD M., JANOFF S., 2000, Future Search, San Francisco, Berrett-Koehler.
Bibliographie